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Nous avons tous un accent. Voici pourquoi « l’accentisme » est une forme de discrimination contribuant au racisme

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Nous parlons tous avec un accent. Mais certains accents sont discriminés. Il s'agit alors d'accentisme, un phénomène qui se rapproche du racisme. Pixabay.

Dalla Malé Fofana, Bishop’s University

Vous est-il déjà arrivé d’entendre quelqu’un parler dans son sommeil ? Ses paroles peuvent être dénuées de cohérence (sauf pour un psychanalyste probablement !), mais ce que la personne en question dit reste cohérent dans sa forme. La prononciation des mots respecte la norme grammaticale de la langue, leur ordre d’agencement dans les phrases est aussi pertinent. L’intonation empruntée l’est. Pourtant, l’individu dort et donc ne contrôle pas ce qu’il dit, ou plus précisément ne réfléchit pas.

Ceci nous amène à remarquer que dans l’expression d’une langue, certains éléments reposent sur la réflexion, mais d’autres relèvent du réflexe. C’est le cas de l’accent, un aspect lié à la forme des mots que nous émettons.

Auteur d’une thèse en études françaises avec cheminement en linguistique, j’analyse le système linguistique (surtout les langues africaines). Je forme aussi les enseignants, à l’Université Bishop et à l’Université de Sherbrooke, à la didactique du français et de l’anglais, langues secondes. Je me spécialise dans la gestion de la relation entre la première et la langue seconde.

Deux hémisphères, deux tâches différentes

Le processus d’apprentissage de la langue compte deux grandes phases : l’apprentissage et l’acquisition (je schématise mais la frontière n’est pas étanche. Autrement dit, quand je suis en train d’apprendre, et quand j’ai fini d’apprendre (acquisition). La partie du cerveau qui s’occupe du processus d’apprentissage est (majoritairement) localisée dans l’hémisphère droit. La gestion de ce qui est déjà appris (donc acquis) se passe dans l’hémisphère gauche.

Dans l’hémisphère droit est localisé tout ce dont la réalisation requiert une réflexion active, comme les idées, les intonations rhétoriques. Dans l’hémisphère gauche est géré tout ce qui est produit automatiquement comme certains mots-outils et la syntaxe. Mais aussi le rythme, l’intonation syllabique et syntaxique, la courbe mélodique… communément connus sous le nom de l’accent.

Ainsi, le contenu relève de l’hémisphère droit, la forme, de l’hémisphère gauche.

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Dalla Malé Fofana est chargée de cours en linguistique, sciences du langage et communication à l’Université Bishop’s.

La difficulté d’imiter un accent

Voilà pourquoi il est difficile pour un apprenant d’une langue seconde ou étrangère de réussir à feindre un accent.

Quand nous parlons une langue non acquise, nous gérons le contenu de ce que nous disons (le fond, les idées), ainsi que la manière dont nous le disons (la forme). Le locuteur d’une langue maternelle parlant sa langue ne s’occupe que des stratégies pour exprimer le contenu de son message. Par contre, l’outil linguistique comme tel (la forme, y compris l’accent) fait partie de lui, il est automatisé. Il n’a pas besoin de s’en occuper. Un locuteur qui n’a pas encore acquis une langue doit se concentrer sur le fond et sur la forme (syntaxe et autres). S’il veut feindre l’accent, il aura alors une charge cognitive excessive à accomplir, ce qui requiert davantage d’énergie.

Il est très difficile de réaliser cette double (ou triple) tâche sur une longue période de temps. Dans certaines situations, il peut bénéficier d’un allègement d’une partie de la tâche : la personne connaît bien (par cœur) le texte, les mots (le fond) qu’elle doit émettre, et peut alors concentrer ses efforts sur la formulation (le rythme, l’intonation, l’accent).

C’est le cas des routines de salutation qui sont répétitives (donc pas de surprise au niveau du contenu) d’une présentation bien préparée. C’est ce qui se passe pour les acteurs non francophones, comme Javier Barden, hispanophone, quand il joue le rôle d’un locuteur anglophone natif (Goya’s Ghosts) ou John Malkovich, anglophone, dans le rôle du Français Javert (Les Misérables), mais aussi celui d’Idris Elba, anglophone, quand il joue le rôle de Nelson Mandela (Long Walk to Freedom) où il doit prendre un accent sud-africain.

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Idris Elba a dû adopter un accent sud-africain pour incarner Nelson Mandela dans Un long chemin vers la liberté.

Haro sur l’accentisme

Les accents souffrent parfois de représentations biaisées. Les langues française et italienne, par exemple, sont présentées comme romantiques, notamment en raison du courant littéraire (romantisme) développé par des auteurs comme Victor Hugo. Les langues russe, allemande ou arabe sont perçues comme menaçantes dans l’imaginaire populaire, pour des raisons sociopolitiques, historiques ou culturelles, développées notamment avec le cinéma.

Ainsi, l’accentisme, la discrimination fondée sur l’accent, procède du même principe que le racisme. Les accents africains, par exemple, en sont particulièrement victimes. De l’espoir pourrait naître avec notamment des œuvres cinématographiques comme Black Panther à travers lesquelles l’accent africain n’est plus caricaturé.

Il n’y a pas une façon unique de parler français

En somme, l’accent est comme un récipient. Les paroles que quelqu’un prononce sont le contenu du récipient. Le contenu prend la forme du contenant, mais reste authentique, dans l’idée. Ceci est sans doute ce qu’un personnage (hispanophone) du film Les vendanges de feu voulait dire quand il déclara « je parle avec un accent mais je ne réfléchis pas avec un accent ».

Les représentations biaisées n’existent pas seulement entre deux langues différentes, mais bien au sein d’une même langue. C’est le cas du français.

Pour lutter contre les préjugés et jugements de valeur, la posture des linguistiques à propos de la variation linguistique est de ne pas considérer la variété du français de France comme le modèle original, et toutes les autres variétés comme des dérivés. Ils défendent qu’un quelconque modèle original localisé dans un espace géographique déterminé n’existe pas.

Par conséquent, toutes les variétés du français sont des déclinaisons (d’un modèle virtuel) y compris celle, ou plutôt celles parlées en France. Vous viendrait-il à l’esprit que l’anglais américain soit une déformation de l’anglais (de référence qui serait) britannique ? Pourquoi l’accepter alors dans le cas du français ?

Une telle posture permet de lutter contre la représentation négative que, par exemple, certains Québécois ont du joual. Il s’agit d’un registre de langue (niveau populaire) au sein d’une variété linguistique (français québécois) plus large. Une variété linguistique est authentique si elle est parlée par un grand nombre d’individus, vivant dans un endroit géographique spécifique, sur une durée de temps conséquente.

Un niveau de langue n’est ni bon ni mauvais, elle est juste appropriée ou non à un contexte. Être compétent dans une langue n’est pas parler comme un livre tout le temps, c’est plutôt savoir adapter son discours à son contexte pour maximiser la connexion entre les interlocuteurs.

La variété linguistique que mes enfants (nés au Québec) utilisent avec nous est plus nuancée (une affrication moins marquée, une modulation moins forte des voyelles allongées finales, les voyelles/a/moins arrondies en syllabes finales, etc.). Par contre, en accord avec la théorie de l’accommodation linguistique, quand je les entends parler à leur camarade de classe, je me demande si ce sont bien les nôtres !

Pour paraphraser Nelson Mandéla, quand vous parlez à un individu dans une variété qui lui est étrangère, cela va dans sa tête, et si vous lui parlez dans une variété familière, cela va dans son cœur.La Conversation

Dalla Malé Fofana, Chargé de cours, linguistique, sciences du langage et communication, Bishop’s University. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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